Dimanche 13 avril 2008, Paris-Roubaix célèbre sa 106ème édition et toujours pas une ride. On annonçait la pluie et une course encore plus dangereuse qui promettait de tenir sa réputation d'Enfer du Nord, mais pas une seule goutte de pluie sur l'ensemble du parcours. La course s'est déroulée sous un temps nuageux, des conditions idéales, pas de boue, pas de poussière. Les favoris étaient nombreux au départ ce matin, avec en tête Stuart O'Grady le tenant du titre, Tom Boonen vainqueur en 2005 que l'on annonce sur le déclin, Fabian Cancellara triomphateur à Roubaix en 2006, Stijn Devolder vainqueur une semaine plutôt du Tour des Flandres, Magnus Backsted vainqueur en 2004, Georges Hincapie toujours placé, Juan-Antonio Flecha en forme, Nick Nuyens, Thor Hushovd, Filippo Pozzato, Leif Hoste, Alessandro Ballan, Frédéric Guesdon... Tous veulent triompher à Roubaix mais la route est longue, par-delà 28 secteurs pavés, et un seul y arrivera. Le départ est donné de Compiègne à 11h, et dans la pure tradition la fameuse échappée matinale se forme assez tardivement après pratiquement 100 km de course à l'approche su premier secteur pavé. Elle est composée de seconds couteaux qui ont prit la poudre d'escampette, on y retrouve Matthe Pronk, Jan Kuyckx et Alexander Serov. A 163 km de l'arrivée c'est l'entrée sur le secteur de Troisvilles, le premier secteur pavé, le début de l'enfer. Le premier tournant de la course intervient à la zone de ravitaillement avec l'abandon d'un des principaux favoris, à savoir le norvégien Thor Hushvod. Mais tout commence à un peu moins de 100 km du but, le début de la « vraie » course, celle des hommes forts. Pour les autres c'est le début, le début de la fin. Le peloton accélère fortement sous l'impulsion des grosses écuries Quick Step, CSC, Lampre, Silence-Lotto. Cette forte accélération provoque des cassures dans le peloton et un premier groupe d'une quarantaine de coureurs se forme. Au plus mauvais moment, juste avant le moment décisif, une chute met à terre Pozzato et Flecha, deux des favoris. Car à ce moment là, le peloton aborde la Tranchée d'Aremberg, ou pour les puristes, les vrais nordistes on la dénomme de son vrai nom La Drève des Boules d'Hérin. Endroit mythique, de légende découvert par Jean Stablinski qui a roulé dessus en vélo, et en dessous en tant que minier. Aujourd'hui c'était spécial, la course lui rendait hommage, avec une stèle érigée à son effigie à l'entrée de la Tranchée. Une tranchée et ses célèbres pavés, la nostalgie de 2 400 mètres en ligne droite, mêlant joie et souffrance pour le plaisir du spectateur. Plaisir de ces pavés empruntés pour la première en 1968. Il y a 40 ans les pavés d'Aremberg était découvert par le peloton, un mois avant les pavés encore. Les autres pavés, ceux de la contestation, de la grève générale, d'une « révolution » ratée, les pavés de mai 68. Décidément, 68, année des pavés. Mais en 2008 on ne se souciait guère de ça pour les coureurs, le lauréat du Tour des Flandres Stijn Devolder est le premier à faire exploser le peloton, avant de laisser la place aux Silence-Lotto. A la sortie de la mythique tranchée un premier écrémage a eu lieu, les secteurs pavés vont désormais s'enchaîner. Un peloton d'une trentaine de coureurs avec tous les ténors est sorti en tête, à l'exception de Juan-Antonio Flecha et Filippo Pozzato qui ne sont toujours pas rentrés. Devant on temporise, ce qui permet aux deux coureurs de rentrer sur le peloton après 30 km de chasse. L'espagnol a fait preuve d'une force incroyable pour rentrer, on devra se méfier de lui, il semble voler sur un nuage, confirmation de sa troisième place au Ronde et ses attaques dans le final de Gand-Wevelgem. Le peloton est maintenant composé d'une cinquantaine d'unités, mais pas pour longtemps, dans le secteur d'Orchies, Quick Step et High Road accélère fortement, provoquant d'importantes cassures. Mais la poisse semble touché Flecha aujourd'hui victime d'une nouvelle chute, il est définitivement écarté de la lutte pour la victoire car devant Van Summeren attaque et Devolder renvoi avec lui dans sa roue Boonen, O'Grady, Cancellara, Hoste, Ballan et Maaskant. A 50 km de Roubaix le bon coup est parti avec que des favoris excepté le néerlandais qui parvient à suivre. La cohésion est parfaite dans ce groupe et on peut de dire que la victoire va revenir à un de ces cinq. Dans les secteur de Mons-en-Pévèle Devolder passe à l'offensive, et on croit qu'il part nous faire le même numéro qu'au Tour des Flandres, il sera rejoint un peu plus loin par O'Grady. Derrière Boonen et Cancellara n'ont pas à rouler, ils ont chacun un équipier devant, c'est don Van Summeren qui va se sacrifier pour son leader Hoste qui finira le travail lui-même. Au moment de la jonction à 35 km du but se forme une échappée royale, Boonen, Cancellara et Ballan. Derrière Hoste a raté le wagon et il est le seul à rouler. La course se déroule par élimination, la victoire va se jouer entre ces trois coureurs. C'est un final entre hommes forts, peut-être même bien les trois meilleurs coureurs actuels de classiques comme le montre leurs palmarès. Le premier d'entre-eux le suisse Fabian Cancellara vainqueur de Paris-Roubaix en 2006 et de Milan-San Remo cette année. Tom Boonen le belge auteur d'un doublé Tour des Flandres/Paris-Roubaix en 2005, vainqueur du ronde également en 2006, champion du monde en 2005, deuxième à Roubaix en 2002 et 2006. L'italien Alessandro Ballan vainqueur du Tour des Flandres en 2006 et de la classique de Hambourg, 3ème de Paris-Roubaix en 2006. Au sprint Boonen est le plus rapide, on attend donc des attaques de ses adversaires au Carrefour de l'Arbre, le dernier endroit clé de la course. On verra une accélération de Cancellara, Ballan est en difficulté sur les pavés par rapport à Boonen et au suisse. Mais ce dernier ne creusera pas d'écart. La victoire va donc se jouer au sprint sur le vélodrome, un sprint après 260 km c'est plus la fraîcheur qui compte que la vitesse. Ballan est le premier à entrer sur le vélodrome devant Cancellara et Boonen. En toute logique c'est le belge Tom Boonen qui triomphe laissant cloué sur place Cancellara deuxième et Ballan troisième qui n'ont pas disputé la victoire, n'ayant plus les forces. Boonen vient ainsi taire ses détracteurs qui le disaient sur le déclin, en remportant ainsi la Reine des Classiques pour la deuxième fois après 2005. Course magnifique au final magique entre de grands noms du cyclisme, entre les meilleurs. Un bel esprit sportif, dans le respect marqué par Ballan et Cancellara envers Boonen après l'arrivée, des coureurs qui acceptent la défaite, et un podium tout simplement beau. La période des classiques, la plus belle période de l'année est ainsi terminée, c'est toute une atmosphère qui va maintenant laisser place aux courses par étapes. Une ambiance qui s'en va, adieu le Nord, et vivement l'année prochaine qu'on retrouve ce décor, cette ambiance, cet esprit, pour des courses toutes aussi belles, on a hâte d'y être...