Classique particulière qui ne ressemble à aucune autre, Milan-San Remo est attendu de tous, elle marque l'arrivée du printemps, évoque les saveurs méditerranéennes, et un suspense haletant pour tout passionné de cyclisme. Car le charme de la « Primavera » est qu'elle s'apparente à une véritable loterie. Classique par excellence elle est la plus convoitée, la plus belle avec Paris-Roubaix, la semaine qui la précède met les coureurs sous pression, car nombreux sont les prétendants qui croient en leurs chances. Car, en effet, s'imposer à San Remo transforme un coureur en un champion. Le palmarès est éloquent, certes cette année le record d'Eddy Merckx vainqueur à 7 reprises ne sera pas tombé, ni même celui de Constantin Girardengo, figure du cyclisme italien vainqueur à 6 reprises durant les années 1920, ni même celui d'Erik Zabel, lauréat de la classique italienne à 4 reprises en 5 ans.
Ce qui est sûr c'est que les deux derniers vainqueurs ne gagneront pas, Oscar Freire et Fabian Cancellara étant tout deux absent, tout comme le champion du monde Alessandro Ballan. Comme souvent ces dernières années la course devrait se jouer au sprint, après avoir été piégé l'an passé les sprinteurs souhaiteront reprendre leurs droit sur la Lungomare Calvino, nouvelle arrivée préférée à la célèbre Via Roma pour le deuxième année maintenant. Du côté des sprinteurs les prétendants ne manquent pas, avec en tête de liste les italiens Alessandro Petacchi et Daniele Bennati, Tom Boonen et Greg Van Avermaet du côté belge, Thor Hushovd, ou encore Allan Davis l'homme du mois de janvier, quant à Mark Cavendish le roi du sprint, il lui sera difficile de franchir le Poggio et la Cipressa, tout comme les 300 km qui semble disproportionné à ses seulement 23 ans. Mais pour sa centième édition Milan-San Remo s'offre un excellent coup de pub avec la présence de Lance Armstrong, qui fait ici son retour à la compétition en Europe après 3 ans et demi d'absence. Mais le septuple vainqueur du Tour ne gagnera certainement pas ici. Il croisera sur sa route Ivan Basso qui sera un de ses rivaux sur le prochain Giro, tout comme Danilo DiLuca. Les tifosis pourront donc juger aujourd'hui l'état de forme des prétendants à la course rose qui s'élancera dans un mois et demi pour sa centième édition.
Mais avant de parler de victoire il faut prendre le départ de bonne heure car pour rejoindre San Remo les coureurs devront parcourir 298 km pour ce qui est la course la plus longue de l'année. La « Classicissima » est en fait une longue course d'attente où il faut savoir préserver ses forces. Le début de course ressemble à une longue procession dans la plaine du Pô, avant que la route ne s'élève qu'après 140 km avec l'ascension du Passo del Turchino qui marque l'entrée dans la Riviera. L'usure continue ensuite avec l'ascension de La Manie au kilomètre 204, soit à 90 km de l'arrivée, trop loin pour provoquer la sélection, mais l'an passé pour sa première ascension elle avait été fatale aux sprinteurs qui étaient passé à la trappe dans le Poggio. Ensuite le peloton rejoindra le bord de mer avec l'ascension des fameux capis : Mele, Cervo et Berta. La vraie course commence seulement à Imperia après 258 km de course. A partir de ce moment plus aucun répit jusqu'à l'arrivée, le peloton est sous tension, le placement devient primordial en vue de l'ascension de la Cipressa. Quant aux derniers rescapés de l'échappée de la première heure que sont Turgot, Krivtsov et Klostergaard ils seront reprit avant même les premières pentes. Ascension stratégique même si les pourcentages ne sont pas effrayants, la Cipressa ne ment pas, les coureurs savent alors s'ils ont encore une chance de l'emporter. Aucune attaque ne viendra troubler le peloton mené par Michele Scarponi, 22 hommes passeront en tête au sommet avant un regroupement dans la descente, mais Lance Armstrong n'est plus là, Alessandro Petacchi et Mark Cavendish légèrement distancés dans la montée reviendront. Après une descente assez technique, se profile une vingtaine de kilomètre de plaine ce qui décourage certainement les attaquants dans la Cipressa. Place alors à la dernière difficulté et la dernière chance pour les puncheurs avec l'ascension du mythique Poggio. Dès le pied Sylvain Chavanel impose le rythme, on a comprit chez Quick Step on mise sur le sprint pour Tom Boonen qui semble maudit sur cette course, une course qui lui est accessible mais qui manque à son palmarès. Contrairement aux autres années les attaques ne fusent pas si ce n'est Filippo Pozzato vainqueur en 2006 qui sort à l'approche du sommet avec dans sa roue Davide Rebellin et Vicenzo Nibali. En vain, ils seront aussitôt reprit, on se dirige tout droit vers un sprint. Luis Leon Sanchez vainqueur il y'a une semaine de Paris-Nice tentera un coup « à la Cancellara » en sortant à 2 km de la ligne, en vain.
Et quel sprint. Il va tourner à un duel Mark Cavendish/Heinrich Haussler. L'allemand lance de loin et creuse un écart qui semble irrémédiable, comme à La Chapelle Saint-Ursain sur Paris-Nice. Mais c'est sans compter sur la fusée de l'île de Man, qui parviendra à le sauter sur la ligne pour une demi-roue, la photo finish sera nécessaire pour départager les deux hommes. Mark Cavendish impressionne, pour sa première participation il s'impose sur Milan-San Remo, lui que l'on croyait ne pas pouvoir franchir les bosses, ni les 300 km de course, lui-même avait du mal à y croire. Le britannique semble imbattable lors des sprints et apparaît déjà redoutable dans la quête du maillot vert sur le Tour dans les prochaines année et dès juillet prochain. A noter que Cavendish disposait d'un conseiller de choix en la personne d'Erik Zabel qui connaît le final comme sa poche. Derrière éc½uré par l'aisance de Cavendish, Thor Hushovd prend la troisième place à 2''. A 23 ans Mark Cavendish remporte sa première grande classique alors que personne ne s'y attendait. Phénoménal.