Au départ de Compiègne tous les regards sont tournés vers l'épouvantail Quick Step. L'équipe belge dirigée par Patrick Lefévère est l'équipe reine de la course, elle a remporté 9 des 14 dernières éditions avec au passage 4 triplés. Incroyable ! Et bien entendu le grand favori de la course se trouve dans cette équipe, il n'est autre que Tom Boonen, double vainqueur de l'épreuve en 2005 et 2008, qui n'a encore rien gagné cette saison et qui ne peut se rater aujourd'hui. Mais le belge doit composer avec son propre camp, dépassé dimanche dernier par Stijn Devolder sur le Tour des Flandres, mais aussi avec Sylvain Chavanel, atout numéro 3 de l'équipe qui a gagné sa place sur la « Reine des Classiques ». Mais face à l'équipe belge la liste des outsiders est longue, et des noms sortent du lot, des coureurs toujours placés à Roubaix comme Juan Antonio Flecha, Fabian Cancellara, Filippo Pozzato, Henrich Haussler, Georges Hincapie, Leif Hoste, Thor Hushovd, Martijn Maaskant...
Dans la pure tradition l'échappée matinale composée de 11 hommes, dont un ancien vainqueur, Servais Knaven lauréat en 2001, prendra le large mais l'avance ne dépassera guère les 4 minutes. Le premier secteur est bien comme tous les ans celui de Troisvilles, mais le début de la course se situe plus loin, à 95 km de Roubaix, lorsque que l'on aborde la fameuse Tranchée d'Aremberg. Haut-lieu de Paris-Roubaix qui incarne la légende, elle est synonyme de porte de « l'Enfer » car c'est là que la vraie course commence. La folie de 2400 mètres de ligne droite au milieu de la forêt, un passage mythique, le premier secteur 5 étoiles de la course, que Tom Boonen va aborder en tête du peloton pour éviter tout ennui, avant de se faire dépasser par Henrich Haussler, ce jeune allemand omniprésent depuis le début de saison et qui ne devrait pas tarder avant d'en décrocher une belle. Dans la Tranchée l'on assiste à un spectacle magnifique, on se rappelle les grandes heures, les bandes de roulement ayant été supprimées, le public proche des coureurs qui doivent obligatoirement emprunter le haut du pavé, là où c'est le plus dur. Derrière les chutes se multiplient comme un jeu de quille. A la sortie un premier écrémage a eu lieu, tous les favoris sont là excepté Maaskant. Ils ne sont plus que 50 à espérer s'imposer, les attaques se multiplient, en vain, tout le monde tentent sa chance.
Mais c'est dans le deuxième secteur 5 étoiles, celui de Mons-en-Pévèle, l'un des plus difficiles que Boonen va accélérer, entraînant avec lui Filippo Pozzato, Juan Antonio Flecha, Thor Hushovd, Leif Hoste et Johann Van Summeren. Ils ne sont plus donc que 6 à pouvoir s'imposer, derrière les battus sont Chavanel, Haussler et Cancellara, ils ne rentreront jamais. A l'avant, les 6 hommes savent qu'ils vont se disputer la victoire, mais la route est encore longue.
C'est dans le Carrefour de l'Arbre, troisième et dernier secteur 5 étoiles de la course que le spectacle a été le plus dense. Envahi par plus de 800 000 spectateurs, des flamands présents en masse ont investit ce secteur stratégique, dont la légende dit « celui qui sort en tête au Carrefour de l'Arbre, s'impose à Roubaix ». On attend de voir si ce dicton tiendra parole cette année encore. Dans les premiers hectomètres, Flecha va rater un virage entraînant avec lui Hoste et Van Summeren. Quant à Pozzato il aura été légèrement gêné alors que Thor Hushovd accélère à la sortie d'un virage avec dans sa roue Boonen, ils ne sont plus que deux pour la victoire. Mais le norvégien, manque de lucidité et de fraîcheur et ratera à son tour un virage. « Tommeke » est donc seul en tête avec Pozzato lancé à ses trousses.
C'est un mano à mano que va nous offrir ce final de la « Reine des Classiques », entre Tom Boonen et Filippo Pozzato. Le belge ne se relève pas et ne veut pas prendre de risque avec la menace d'un sprint, se souvenant certainement de celui perdu face à l'italien sur le GP E3. A la sortie du Carrefour de l'Arbre l'écart entre les deux hommes est de 10'', mais il va augmenter de seconde en seconde. Le champion du monde 2005 ne faiblit pas, tout en puissance il file vers un troisième succès sur « l'Enfer du Nord ». Mais cette fois c'est spécial, en 2005 et 2008 il avait réglé au sprint un groupe de trois coureurs, sauf que cette année il va avoir le plaisir et les frissons de rentrer seul sur le vélodrome, lieu chargé d'histoire, il reçoit l'ovation du public. « Tommeke » rentre ainsi dans l'histoire en rejoignant 7 autres triples vainqueurs tels Eddy Merckx, Franscesco Moser, ou Johann Museeuw entre autres. Pozzato prend lui la deuxième place et Hushovd complète le podium. Derrière Haussler et Chavanel ont lancé un contre prenant respectivement la septième et huitième place. Désormais Tom Boonen se retrouve plus qu'à un succès du record de Roger de Vlaeminck lauréat à 4 reprises. Le belge à surmonter la pression, il était archi-favori et a tenu son rang, il est bien l'homme de Paris-Roubaix, la référence absolue, un ton au-dessus de tout le monde, aujourd'hui il était imbattable.

