C'est de Brest que s'élance le Tour de France 2008, un grand départ de Bretagne, ce qui n'était pas arrivé depuis 1995 avec Saint-Brieuc. Brest, le bout du monde. C'est la troisième fois que la cité brestoise accueille le grand départ après ceux de 1952 et 1974. Brest est faut le dire plus habitué aux compétitions maritimes, et dispose d'un grand navigateur français avec Olivier de Kersauson. Cette année Brest est le théâtre du grand départ de la plus grande course cycliste du monde. Un grand départ organisé par la région Bretagne, une grande première qu'une région organise le départ de la Grande Boucle. Toute une région mobilisée à la cause du Tour de France, une région où l'on aime le vélo et où le public est toujours présent, la Bretagne aime le Tour, le Tour aime la Bretagne.
Avec un petit coup d'½il dans le rétro on s'aperçoit que tous les départs donnés de Bretagne ont donné à Paris un grand champion qui est entré dans la légende du Tour et dans l'histoire du cyclisme. En 1952, le Tour partait de Brest et Fausto Coppi, le Campionissimo gagnait son deuxième Tour de France qu'il dominait outrageusement. En 1964, c'est de Rennes que s'élançait la Grande Boucle et maître Jacques Anquetil remportait trois semaines plutard son cinquième Tour. En 1974, nouveau grand départ de Brest et c'est Eddy Merckx, le cannibale qui gagnait son dernier Tour à Paris, après avoir déjà gagné le prologue à Brest. En 1985, Bernard Hinault remportait le prologue devant les siens à Plumelec, pour ce qui sera son dernier Tour de France victorieux. En 1995, c'est sous un orage violent que le Tour s'élançait de Saint-Brieuc, et un prologue remporté par Jacky Durand et marqué par la terrible chute de Chris Boardman poussé à l'abandon. Ce Tour de France sera le dernier que gagnera Miguel Indurain, son cinquième consécutif. Les quintuples vainqueurs du Tour de France, ont terminé leur règne dans un Tour qui s'élançait de Bretagne...
Cette année ce ne sera pas le cas, un seul des anciens vainqueur est au départ, il s'agit d'Oscar Pereiro vainqueur en 2006. Et si c'était le début d'un nouveau règne de 5 ans sur la Grande Boucle, du lauréat à Paris cette année... ? Ce Tour s'annonce très ouvert, en l'absence d'Alberto Contador vainqueur sortant, les candidats à la victoire finale sont nombreux, mais deux sortent du lot. L'australien Cadel Evans, deuxième l'an passé qui en toute logique est en place de rêver à la plus haute marche et du fait de devenir le premier australien vainqueur du Tour. Mais il devra se frotter à l'espagnol Alejandro Valverde, 6ème l'an passé, très présent depuis le début de saison, vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, et surtout du Dauphiné Libéré, course qui révèle parfois le futur vainqueur de la course de juillet, et champion d'Espagne une semaine avant le départ du Tour. Les outsiders qui pourraient profiter du marquage de ces deux favoris sont nombreux avec en premier l'italien Damiano Cunego, vainqueur du Giro à 22 ans et qui a fait l'impasse sur son tour national cette année pour mieux préparer le Tour. Un autre italien Riccardo Ricco, deuxième du dernier Giro, et qui a décidé de doubler. L'équipe CSC et son trio de choc, Carlos Sastre, Frank et Andy Schleck. Mais encore Denis Menchov, Yaroslav Popovych, Oscar Pereiro, Stijn Devolder, Haimar Zubeldia, Samuel Sanchez, Cyril Dessel, Christophe Moreau...
C'est donc 180 coureurs qui vont s'élancer de Brest pour rejoindre Plumelec sur 197,5 km. Un Tour qui débute par une première étape en ligne, ce qui n'était pas arrivé depuis 1966, c'est donc 180 coureurs qui peuvent espérer du maillot jaune à Plumelec, d'autant plus que cette année les bonifications ont été supprimées pour revenir à une course pure et dure. C'est donc sous la forme d'une classique que va se dérouler cette première étape qui traverse les Montagnes Noires, les Monts d'Arrée et les Landes de Lanvaux et quatre difficultés comptant pour le classement du meilleur grimpeur. Sur un parcours casse-pattes, un public venu en nombre et fin connaisseur de vélo, des routes sinueuses... le décor est planté.
Dès le deuxième kilomètre les attaques commencent, et c'est un... breton qui passe à l'offensive sur ses terres, Lilian Jégou emmène avec lui 7 autres coureurs, José Luis Arrieta, Stéphane Augé, David De La Fuente, Geoffroy Lequatre, Thomas Voeckler, Ruban Perez et Björn Schröder. L'avance des huit fuyards, augmentera jusqu'à 8'15'' après 30 km, le peloton laissant faire. A ce moment le Crédit Agricole met en route pour Thor Hushovd qui espère gagner à Plumelec, elle recevra ensuite l'aide des Quick Step et des Caisse d'Epargne. C'est donc en toute logique que l'avance des huit premiers attaquants de ce Tour de France diminue pour atteindre les 5' à la zone de ravitaillement. C'est à ce moment que va intervenir la première chute, Hervé Duclos-Lasalle, se retrouve à terre, le poignet cassé, il doit abandonner alors qu'il court son premier Tour de France, tout ça à cause d'une musette. A l'avant Voeckler et Schröder de disputent les points pour le maillot à pois, ils se retrouveront à égalité de points et seront donc départagé en fonction de leur place à l'arrivée. A 36 km de l'arrivée, à Remungol patrie de Jean Gainche ou encore de Bruno Roussel ancien directeur sportif de l'équipe Festina en 1998, l'avance des huit hommes de tête n'est plus que de 1'30'', Jégou et De La Fuente décident de poursuivre à deux. Le peloton accélère encore sous l'impulsion toujours des Crédit Agricole et Quick Step, mais aussi désormais des Liquigas, Columbia, Barloworld... Les six hommes intercalés sont reprit, ils ne sont donc plus que deux en tête. Jégou et De La Fuente seront reprit par le peloton à 7 km de l'arrivée alors qu'il roule à vive allure. A ce moment Mauricio Soler, un des outsiders de ce Tour se retrouve à terre, à l'arrivée il perdra plus de 3'. A l'avant les Columbia font un contre-la-montre par équipe et gèreront parfaitement le petit pont redouté situé à 2km de l'arrivée au pied de la côte. A un peu plus d'un kilomètre de l'arrivée Romain Feillu tentera sa chance en sortant du peloton, mais il sera reprit sous la flamme rouge. C'est au tour de Stefan Schumacher de sortir, lui aussi sera reprit, dans l'avant dernier virage là où la pente est la plus dure. Le public morbihannais assiste à une arrivée digne d'un final d'une classique, on retrouve aux avant-postes tous les coureurs présents au printemps. A 500 m de la ligne Kim Kirchen, vainqueur de la Flèche Wallonne en avril sort à son tour. On croit un moment qu'il a fait le trou mais derrière ça revient avec Cadel Evans, Alejandro Valverde, Philippe Gilbert... Avant d'aborder le dernier virage, Alejandro Valverde sort en puncheur et va aller déposer Kim Kirchen, par la même occasion gagner l'étape et prendre le premier maillot jaune de sa carrière. Philippe Gilbert terminera deuxième, Jérôme Pineau troisième et premier français, ensuite Kim Kirchen, Riccardo Ricco, Cadel Evans, Frank Schleck... Dans une première étape haletante, Alejandro Valverde s'offre une classique bretonne et se positionne en favori, les sprinteurs eux sont passé « à la trappe » dans cette première étape. Aux premières places ont ne retrouve que des prétendants à la victoire finale à Paris, tous les favoris ont répondu présent.
La deuxième étape qui traverse la Bretagne du sud au nord s'annonce tout aussi difficile, relativement courte, 164 km qui s'annonce nerveux, entre Auray et Saint-Brieuc. Dès le premier kilomètre, un mouvement offensif se lance, composé de 10 coureurs avec entre autres Sylvain Chavanel. A la sortie de Pluvigner, patrie de Jean Marie Goasmat, ils ne sont plus que trois en tête, Sylvain Chavanel, Fabian Wegmann et Maurillo Fisher. La première côte répertoriée pour le classement de la montagne approche et derrière les Bouygues Telecom roulent pour revenir sur les fuyards, afin de défendre le maillot à pois conquit par Thomas Voeckler. Au pied la côte de Bieuzy-Lanvaux, ils sont reprit, Jérôme Pineau accélère envoyant Voeckler dans un fauteuil, mais Chavanel vexé va aller lui prendre les points au sommet. Dans la foulée les deux français poursuivent leur effort, c'est le deuxième jour à l'avant de la course pour Thomas Voeckler. Chavanel ne dispute pas les points au sommet de la côte de Kergroix. Les deux hommes de tête compteront jusqu'à 6'30 d'avance, la Caisse d'Epargne laissant un écart acceptable afin de recevoir l'aide des équipes de sprinteurs. Dans la côte de Mur de Bretagne, première difficulté classée 3ème catégorie, la pluie fait son apparition, les images sont magiques, le public massé en nombre, démontrant une nouvelle fois que le départ de Bretagne est réussi. Dans le peloton Christophe Moreau et David Le Lay sortent pour prendre les points restant au sommet. Ensuite vu l'écart qu'ils ont creusé ils décident de se faire la belle, ils rejoindront le duo de tête à 60 km du but. On retrouve alors quatre français en tête, c'est à ce moment que la Française de Jeux vient prêter main forte à Caisse d'Epargne, avec l'objectif d'emmener Philippe Gilbert à la victoire. Cette décision de Marc Madiot de mettre son équipe à rouler alors que quatre français sont en tête créera quelque peu la polémique, des français qui courent sur des français, mais dans le Tour chaque équipe a des objectifs différents. Cependant Marc Madiot aurai pu attendre un peu avant de mettre son équipe à rouler, cela n'aurait rien changé à la fin de course. Le sort de l'échappée est condamné quand à 40 km de Saint-Brieuc ils ne comptent plus que 2'10'', le peloton étant emmené par les Française des Jeux, Columbia, Liquigas, Crédit Agricole, Quick Step... A 20 km leur avance aura encore diminuée de moitié. Les coureurs y croiront jusqu'à 10 km de l'arrivée alors qu'ils ont une minute d'avance. Mais au pied de la dernière bosse à 4 km du but, le vent à tourné, ils l'ont de face. Sylvain Chavanel tentera bien une dernière fois en attaquant à 3 km, résistant au peloton, il met ses talents de finisseur en ½uvre, comme sur la Flèche Brabançonne, comme à A Travers les Flandres, comme en Catalogne, cette année il a prit une autre dimension, mais le peloton du Tour de France est sans pitié, il cèdera sous la flamme rouge. Moment choisi par Fabian Cancellara de placer un démarrage, il sort en costaud dans l'espoir de finir seul comme à Milan-San Remo cette année ou à Compiègne sur le Tour l'année dernière. Dans un premier temps Filippo Pozzato reviendra sur le suisse, redoutant l'italien il coupe son effort. Derrière les sprinteurs sont là, dans un final en légère montée pour costaud, Thor Hushovd trouve un terrain idéal, idéalement lancé par Mark Renshaw, il va gagner son sixième succès sur le Tour, résistant dans les derniers mètres au retour de Kim Kirchen et du jeune allemand Gerald Ciolek. A Saint-Brieuc les français ont été à la fête pendant toute l'étape mais la réussite leur a échappé, Alejandro Valverde conserve son maillot jaune.
Le 7 juillet le Tour courre sa dernière étape en Bretagne historique, Nantes ne faisant pas partie officiellement de la Bretagne, mais par son histoire, elle y trouve parfaitement sa place. Le peloton s'élance de Saint-Malo en direction donc de Nantes à la porte de la Bretagne, sur 208 km. Une étape qui s'annonce toute plate, sans la moindre difficulté au programme, une étape réservée aux sprinteurs. Au départ de la cité malouine ces hommes rapides qui n'ont peur de rien font l'objet de toutes les attentions, c'est la première véritable occasion pour eux. Ils sont prêts à renter dans l'arène, les McEwen, Cavendish, Ciolek, Chavanel, Hushovd, Hunter, Zabel... D'ailleurs l'allemand Erik Zabel, fête ses 38 ans, et se verrait bien gagner, lui l'homme aux douze victoires d'étapes sur le Tour. Dès le premier kilomètre un groupe d'attaque part, composé de quatre coureurs, William Frischkorn, auteur de l'échappée, Paolo Longo Borghini, Samuel Dumoulin et Romain Feillu. Leur avance augmentera rapidement pour atteindre presque 15 minutes au kilomètre 66. Entre temps le peloton sera passé par Calorguen, lieu de résidence du plus grand cycliste français, Bernard Hinault, 30 ans après sa première victoire dans le Tour. Quant aux échappées ils savent que leur tâche sera compliquée, même impossible, surtout qu'ils ont vent de face. Les deux premières heures de course sont courues à une faible moyenne, derrière les équipes de sprinteurs vont mettre en route et l'écart va vite tomber à 10 minutes à mi-parcours. Sous l'impulsion dans un premier temps des Columbia et des Crédit Agricole de Thor Hushovd la chasse a du mal à s'organiser, l'écart est toujours de 4'10'' à 20 km de l'arrivée. A l'arrière le peloton est nerveux, sa roule vite avec maintenant en plus les Bouygues Telecom, les Française des Jeux, les Liquigas, les Quick Step. Une chute se produit alors à l'arrière du peloton, poussant à l'abandon Angel Gomez, deuxième abandon de ce Tour 2008. Conséquence le peloton se scinde en trois parties. Se retrouve piégé deux outsiders, le Russe Denis Menchov et l'italien Riccardo Ricco qui se trouvent dans le deuxième groupe. L'équipe Rabobank est presque au complet pour ramener leur leader en tête, ainsi que quelques équipier de Ricco, au final ils perdront 45'' sur le premier peloton qui comporte les deux grands favoris, Alejandro Valverde et Cadel Evans, ainsi que les frères Schleck, Carlos Sastre et Damiano Cunego. Dans un troisième groupe se retrouve Christophe Moreau de nouveau piégé par un coup de bordure comme l'année dernière. A l'avant, les quatre hommes de tête sont sûrs de se jouer la victoire, Feillu lui est assuré quasiment de prendre le maillot jaune. A trois kilomètres de l'arrivée Samuel Dumoulin passe à l'attaque, William Frischkorn et Romain Feillu répondent, Paolo Longo Borghini n'a plus de forces. Romain Feillu contrera à 1 km de l'arrivée et verra le retour de Frischkorn et Dumoulin. Au final c'est Samuel Dumoulin qui s'impose, le plus petit coureur du peloton, mais un grand talent. Frischkorn lui est deuxième, Feillu troisième prend le maillot jaune, dire qu'il ne devait pas participer au Tour de France, ennuyer par une toxoplasmose tout le début de saison. Le sprint du peloton est réglé par Robbie McEwen deux minutes plus tard.
Jour de gloire pour les français sur le Tour, on ne pouvait pas rêver mieux, la chance sourit aux audacieux, reste à Feillu à conserver sa tunique jaune... malheureusement il le perdra le lendemain lors du contre-la-montre autour de Cholet...