C'était le Tour du centenaire ; on espérait tous un Tour à la hauteur des 100 ans de Tour de France, 100 ans d'exploits et de drames. On sera servi ! D'abord parce que c'est le Tour du défi pour Lance Armstrong qui va tenter de gagner un cinquième Tour et par la même occasion rejoindre ainsi les quintuples vainqueurs de la Grande Boucle : Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. C'est donc un Tour de défi, mais aussi de légende, puisque ce Tour 2003 offre un parcours historique chargé de symboles. En effet, cette édition du centenaire fera étape dans toutes les villes-étapes de l'édition 1903, c'est-à-dire, Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Paris que les forçats de la route avaient bouclé en 6 étapes 100 ans auparavant. Aujourd'hui les coureurs seront mis à moins rude épreuve puisqu'ils boucleront leur périple en 21 étapes en faisant un détour par les Alpes et les Pyrénées qui ont servi la légende.
C'est donc aux alentours de la Tour Eiffel sur un parcours magnifique que va se disputer le prologue. Il est encore l'heure de compter les adversaires d'Armstrong, grandissime favori à un cinquième maillot jaune dans trois semaines pour le retour à Paris. Il y'a d'abord son adversaire de toujours, l'allemand Jan Ullrich de retour à la compétition après 14 mois de suspension mais qui prétend davantage au Tour 2004. L'espagnol Joseba Beloki, deuxième l'an passé et en grande forme, Tyler Hamilton ex-coéquipier d'Armstrong, Iban Mayo qui a défié l'américain sur le Dauphiné, Alexandre Vinokourov lauréat du Tour de Suisse, Santiago Botero quatrième en 2002 et qui a battu le texan contre-la-montre à Lorient, mais son état de forme est une véritable énigme, Gilberto Simoni vainqueur du Giro en mai et qui veut défier Armstrong dans les cols, ou encore Ivan Basso, Francisco Mancebo ou Christophe Moreau. Mais le prologue ne va pas revenir à un de ces favoris, il va se jouer entre anglophones, David Millar s'inclinant pour 8/100ème de seconde face à Bradley McGee, le britannique touché par la malédiction puisqu'il aura été victime d'un saut de chaîne durant le parcours, sans quoi il aurait sans doute été le premier maillot jaune de ce Tour du centenaire, comme en 2000 au Futuroscope. Derrière Armstrong réalisera son plus mauvais prologue, terminant septième et concédant 5'' à Ullrich et 1'' à Hamilton.
La première étape partira du Stade France, départ fictif pour s'élancer réellement de Montgeron en face de l'auberge du « Réveil Matin », là où un siècle auparavant le 1er juillet 1903, le peloton du premier Tour de France s'élançait et lançait ainsi la formidable aventure. La première échappée de ce Tour sera 100% bleu-blanc-rouge composé de Christophe Mengin, Andy Flickinger et Walter Bénéteau, mais le sprint est inévitable à l'arrivée à Meaux, et il va mal tourner. Une chute monumentale va se produire mettant à terre une trentaine de coureurs dont Armstrong et McGee. A l'avant ils sont une vingtaine à se disputer la victoire et c'est l'italien Alessandro Petacchi sprinteur roi du Tour d'Italie qui s'impose, c'est son premier bouquet sur la Grande Boucle. Le lendemain le peloton s'élance sans Levi Leipheimer prit dans la chute la veille, il souffre d'une fracture de la hanche, ni Marc Lotz. L'américain Tyler Hamilton également impliqué la veille, souffrant d'une fracture de la clavicule prendra le départ, ne voulant se résoudre à l'abandon, il repousse les limites de la souffrance humaine, tout comme Jimmy Casper touché aux cervicales ainsi que Fabio Baldato touché au genou. C'est une nouvelle fois au sprint que va se jouer le gain de l'étape, mais cette fois sans Petacchi lâché dans une bosse en fin de parcours, c'est alors Baden Cooke qui va en profiter pour s'imposer de peu devant Jean Patrick Nazon. La troisième étape va de nouveau se jouer entre sprinteurs et l'italien Alessandro Petacchi va reprendre son statut de meilleur sprinteur, il remporte sa deuxième étape en deux sprints disputés, s'imposant devant deux anciens champions du monde, Romans Vainsteins et Oscar Freire. De son côté Jean Patrick Nazon s'empare du jaune par le jeu des bonifications empochées en cours d'étape.
Le 9 juillet c'est le premier grand rendez-vous, un contre-la-montre par équipe de 68 km entre Joinville et Saint-Dizier, et c'est l'US Postal qui va l'emporter devant la Once vainqueur de l'exercice en 2000 et 2002 terminant à 30'' et la Bianchi d'Ullrich est troisième à 43''. Les yankees s'emparent ainsi des huit premières places du classement général, et c'est le colombien Victor Hugo Peña qui endosse le maillot jaune, ayant été plus rapide que son Boss lors du prologue. Le colombien apporte à son pays le premier maillot jaune et ce à la veille de son anniversaire. Au soir de cette étape Armstrong prend déjà un avantage et son équipe prouve qu'elle est en forme, le train bleu vient de remporter son premier contre-la-montre par équipe sur le Tour.
Les deux jours suivants verront encore la victoire au sprint d'Alessandro Petacchi qui gagne avec une aisance insolente, remportant à Lyon sa quatrième victoire d'étape, mieux, il a même remporté tous les sprints auxquels il aura participé, il est bel et bien le nouveau roi du sprint. Et dire qu'après son Giro où il a gagné 6 étapes l'italien ne voulait pas participer au Tour, il démontre qu'il est le meilleur sprinteur du monde.
Mais pour le sprinteur italien, le Tour va s'arrêter dès le lendemain dans le premier col du Tour de France. Alors que se profile la première bataille des Alpes, dans le col de Portes, maillot vert sur le dos il abandonnera malade. A ce moment, devant, quatre hommes font la course en tête, Paolo Bettini, Rolf Aldag, Médéric Clain et Benoît Poilvet. Derrière deux hommes partent en chasse dans les premières rampes du col de Portes, le français Richard Virenque et l'espagnol Jesus Manzano. Mais Manzano sera subitement incapable de poursuivre son effort avant de s'évanouir sur le bord de la route, la course va plonger quelques instants dans la peur. L'espagnol récupérera, il a été victime d'un coup de chaud et sera transporté à l'hôpital, on connaît la suite de l'histoire. Devant, Virenque continue seul et reviendra sur le quatuor de tête un peu après le sommet du col. Ils sont désormais cinq en tête avec 8 minutes d'avance sur le peloton, un peloton qui sera bloqué par un passage à niveau fermé que les échappés auront réussi a passé. Dans le col de la Ramaz principale et dernière difficulté de la journée Virenque n'a bientôt plus qu'un adversaire, l'allemand Rolf Aldag dont on pensait qu'il aurait été le premier à lâcher. Mais à 5 km du sommet il lâche à son tour, le français file seul vers Morzine, au sommet le groupe Armstrong est pointé à 3'30'' Virenque file vers une deuxième victoire à Morzine après s'être déjà imposé en 2000. Derrière, Victor Hugo Peña a fait son temps et son boulot d'équipier maillot jaune sur le dos il décramponne tout naturellement, en revanche pour son compatriote Santiago Botero outsider de ce Tour du centenaire il est lâché, tout comme le grimpeur italien Gilberto Simoni qui volait un mois plutôt sur les pentes italiennes et qui prétendait battre Armstrong en juillet, malheureusement pour lui il est distancé dès que la route s'élève. A l'avant Virenque fait coup triple, il gagne l'étape, prend « son » maillot à pois et endosse le maillot jaune.
Le dimanche 13 juillet au départ de Sallanches, là même où Bernard Hinault conquis l'arc-en-ciel en 1980, le peloton s'élance dans une grande étape en direction de l'Alpe-d'Huez par-delà le Galibier. La bataille des favoris va pouvoir commencer, ils n'ont pas bougé la veille vers Morzine, mais aujourd'hui il devrait le faire. Au lendemain de sa chevauchée victorieuse Richard Virenque est en jaune avec des objectifs plein la tête dont le maillot à pois qu'il entend conserver jusqu'à Paris. En jaune, le français engrange des points pour le classement du meilleur grimpeur, il passe en tête au sommet de la côte de Megève. Dans le Télégraphe puis le Galibier, l'US Postal de Lance Armstrong assure le tempo, la bataille des titans n'a pas encore commencée, ils sont encore une trentaine au sommet. C'est Stefano Garzelli qui franchira le majestueux Galibier en tête, à 2645m sur le toit du Tour il remporte le souvenir Henri Desgrange de ce Tour du centenaire, hommage au créateur de la Grande Boucle qui n'imaginait certainement pas qu'elle existerait encore 100 ans après. L'italien devance Mancebo, Moreau et Virenque. Se profile ensuite la fameuse ascension de l'Alpe-d'Huez et ses 21 lacets qui ont servi tant de fois la légende, la dernière fois c'était Armstrong qui l'avait dominé, cette année on s'attend à la même chose d'autant plus que c'est la première arrivée au sommet et le Texan à l'habitude de taper du poing sur la table à cette occasion. Dès le pied, Manuel Beltran, coéquipier d'Armstrong, impose un train infernal, un rythme supesonic, on s'attend à une grande offensive de l'américain. Ce rythme fou condamne aussitôt Richard Virenque maillot jaune d'un jour. Jan Ullrich est aussi distancé souffrant de problèmes gastriques, tout comme Christophe Moreau quant à lui victime d'ennuis mécaniques. Devant l'attaque d'Armstrong se fait attendre, elle n'arrivera pas, c'est Joseba Beloki qui est le premier à attaquer il prendra jusqu'à 12'' d'avance à l'américain, lui a qui ont reprochait son manque de panache, on croit qu'il s'envole mais Armstrong reviendra, il a réagit avec un temps de retard. Aussitôt l'espagnol reprit, c'est un autre espagnol Iban Mayo qui place une attaque sèche laissant tout le monde sur place, on se dit qu'il ira loin, en effet il ira jusqu'au bout. Dans cette seule montée de l'Alpe Armstrong est plus souvent attaqué qu'en 4 ans de règne absolu, désormais ses adversaires osent, le Texan n'est plus si dominateur, Hamilton se met à attaquer son ancien chef avant qu'il ne revienne et que Beloki ne contre de nouveau. Souvent sans adversaire, dans cette montée les adversaires d'Armstrong l'harcèle, tentent de le pousser à bout. Le grand favori du Tour à une cinquième maillot jaune est cerné, Alexandre Vinokourov ne s'en privera pas non plus, plaçant une pépite de démarrage venue de l'arrière, le kazakh montre ses ambitions. Tout devant le basque Iban Mayo remporte sa première victoire d'étape sur la Grande Boucle, lui qui avait défier Armstrong sur le Dauphiné Libéré un mois plus tôt, il a creusé dans cette montée de l'Alpe des écarts que l'ont avait rarement vu. Alexandre Vinokourov qui avait déjà attaqué la veille dans la Ramaz est deuxième à 1'45'' de Mayo, cette fois il bat Armstrong qui remporte le sprint de son groupe pour la troisième place à 2'12'' de Mayo. Richard Virenque ne se souci guère de son maillot il termine au 35ème rang de l'étape à plus de 9 minutes, aidé tout au long de la montée par son équipier australien Michael Rogers. Au soir de l'étape Armstrong est bien en jaune comme prévu, mais sur le podium son sourire est crispé, il n'est plus aussi dominateur, ses adversaires osent désormais.
Le 14 juillet, jour de fête nationale c'est la dernière bataille des Alpes entre Bourg d'Oisans et Gap. La route s'élève dès le départ avec l'ascension du col du Lautaret qui verra s'échapper un groupe de 10 coureurs et c'est Danilo DiLuca qui passera en tête. Un géant se présente alors aux coureurs, le mythique Izoard et sa célèbre casse déserte que les plus grands ont souvent franchi détaché par le passé, construisant dans ce col leur maillot jaune, Fausto Coppi, Louison Bobet ou encore Eddy Merckx. Mais la course des ténors ne débutera pas, l'Izoard est trop loin de l'arrivée, plus de 100km. Dans le dernier kilomètre Aitor Garmendia s'isolera et passera en tête dans un paysage lunaire de ce col sans nul autre pareil. Mais sous une chaleur accablante il reste encore deux côtes à franchir, Saint-Apollinaire et la Rochette avant d'arriver à Gap. Dans la côte de Saint-Apollinaire, dans une course à la limite de rupture Beloki attaque, Armstrong est le plus à l'aise pour aller le chercher avant de voir revenir Mayo, Ullrich, Zubeldia, Vinokourov ou Hamilton. Dans des circonstances de course normales la côte de la Rochette pourrait être avalée par un peloton massive mais placé en toute fin d'étape caniculaire elle va provoquer la décision, mieux, ou pire, la sensation. A 1 km du sommet Alexandre Vinokourov place une violente attaque alors que le Train bleu assure le tempo. Le kazakh creuse très vite l'écart et Armstrong doit s'employer pour revenir entraînant avec lui Tyler Hamilton, Iban Mayo, Haimar Zubeldia, Roberto Laiseka, Joseba Beloki, Paolo Bettini, Jan Ullrich, Ivan Basso, Georg Totschnig et Francisco Mancebo. Dans la descente de la côte de la Rochette sur une route au goudron fondu à moins de 5 km de l'arrivée l'impensable va se produire. Alors que Beloki et Armstrong, adversaires acharnés mais alliés de circonstances, tentent de revenir sur Vinokourov, le drame va se produire. La roue arrière de l'espagnol se bloque, il déjante, et c'est la chute. Des images saisissantes qui ont fait le tour du monde et qui montre Armstrong qui part à travers champ pour éviter Beloki à terre, « un réflexe de survie » dira t-il malgré une peur immense. Le bilan est lourd pour Beloki, triple facture, toutes à droite, fémur, coude, poignet. Dans les bars de son directeur sportif Manolo Saiz, l'espagnol pleure ses rêves les plus fous. A Gap, Vinokourov s'impose, remontant à la deuxième place au général à 21'' d'Armstrong qui conserve son maillot jaune.
Le Tour de France quitte les Alpes sans que personne n'ait un réel avantage, mais une chose est sûre, si Armstrong veut gagner le Tour, la chose ne sera pas facile, il a montré des faiblesses et ses adversaires en sont que plus acharnés, il devra attaquer. Mais fini la montagne pour le moment, le 15 juillet le Tour rejoint Marseille, ville-étape en 1903, dans ce qui sera une étape de transition, toujours sous une forte chaleur qui s'abat sur les coureurs depuis le départ et fatigue indéniablement les organismes. Dès le départ de Gap un groupe de 9 coureurs va se former, le peloton contrôlé par les hommes d'Armstrong laissera partir. A Marseille, deux hommes vont se jouer la victoire face au stade Vélodrome, Jakob Piil et Fabio Sacchi qui ont réussi à lâcher leurs compagnons dans le final. Sous la flamme rouge les deux hommes se serrent la main comme pour se souhaiter bonne chance. Fabio Sacchi lance le sprint le premier, ce que devait souhaiter Jakob Piil, coureur rusé, formé à l'école de la piste qui viendra le sauter dans les derniers mètres pour s'imposer. Le lendemain après 10 jours de course les coureurs observent leur première journée de repos à Narbonne, d'où ils s'élanceront le lendemain en direction de Toulouse sur une étape courte de 153 km. Dans la ville rose c'est Juan-Antonio Flecha qui s'impose en solitaire, cet espagnol atypique qui rêve des classiques du Nord.
Le 18 juillet, c'est le premier grand contre-la-montre individuel de ce Tour du centenaire qui va se courir entre Gaillac et Cap Découverte sur un parcours vallonnée de 48 km pour coureur costaud. Et quel chrono ! Un chrono de feu, au propre comme au figuré, la température dans l'air est proche des 40°, et la température au sol dépasse les 60°. Un chrono qui va marquer les coureurs, le dizième de l'étape, Santiago Botero, spécialiste du chrono est à 5 minutes du vainqueur. Un chrono qui va être écrasé par l'allemand Jan Ullrich, 5 ans qu'il n'avait pas gagné d'étape sur la Grande Boucle. Le coureur allemand fait preuve de puissance comme à ses meilleures heures. Deuxième de l'étape, Lance Armstrong, déshydraté, subi une défaite cuisante, il perdra 1'36'' sur le Kaiser, l'heure est grave pour le texan, il a vécu une journée en enfer. Alexandre Vinokourov se pose encore un peu plus en candidat à la victoire finale, il concède 2'06'' sur le vainqueur et montre qu'il a prit du coffre dans tous les domaines, tout comme Haimar Zubeldia quatrième, au contraire de son coéquipier Iban Mayo qui perd 5'. Tyler Hamilton l'homme à l'épaule cassée ne cesse de nous épater en se classant cinquième. A l'issue de cette étape Armstrong est toujours en jaune mais menacé comme jamais il a été battu pour la première fois par Ullrich en contre-la-montre, l'allemand remonte à la deuxième place au classement général à 34'' du texan. Alexandre Vinokourov est quant à lui troisième à 51'', trois hommes sous la minute alors q'un massif montagneux est passé et le premier chrono, c'est du jamais vu sous l'ère Armstrong qui risque de prendre fin dans les Pyrénées. Armstrong-Ullrich, le duel prend forme à la veille d'attaquer les Pyrénées avec Vinokourov en arbitre.
L'assaut des Pyrénées est lancé au départ de Toulouse sous une chaleur écrasante, et une course folle. Les attaques se succèdent avant que 10 hommes ne se détachent pour de bon avec parmi eux à la surprise générale José Luis Rubiera équipier d'Armstrong. Du côté de l'équipe américaine on change de stratégie en en envoyant un homme à l'avant. Pour la première fois dans le Port de Pailheres, Ullrich fait rouler son équipe comme s'il était le nouveau leader du Tour, comme s'il détenait les clés de la course. Dans le groupe maillot jaune, Sastre et Mercado vont s'échapper pour partir en contre-attaque derrière les fuyards de la première heure, les deux espagnols visent la victoire d'étape. Il reprendront un à un les échappés, au sommet du Port de Pailheres, découverte du Tour du centenaire à 2001m d'altitude, ils ne sont plus que trois en tête, Sastre, Mercado et Rubiera. Dans la montée finale vers le Plateau de Bonascre, Armstrong a le visage marqué et à ce moment nul ne peut douter qu'il puisse encore bluffer. Le maillot jaune n'est plus aussi fort que par le passé, il accuse le coup, il est leader, mais pour combien de temps encore. A l'avant Sastre s'envole à 7 km du but pour aller gagner l'étape. Derrière c'est la course pour le maillot jaune qui se joue, lancé par Zubeldia premier à attaquer, Ullrich saute aussitôt dans sa roue, Armstrong revient mais avec un temps de retard. C'est ensuite au tour de Vinokourov d'attaquer comme tous les jours en montagne, Ullrich ramène tout le monde avant de démarrer à son tour, le maillot jaune ne peut pas suivre, Armstrong est décramponné. Le coureur allemand termine à 1'01'' de Sastre et prend 12'' de bonifications, Zubeldia 8''. Armstrong arrive lui 7'' après Ullrich, qui revient à 15'' au général, il est de plus en plus menaçant.
Le deuxième volet des Pyrénées propose 6 cols à escalader entre Saint-Girons et Loudenvielle, Latrape, La Core, Portet d'Aspect, Menté, Portillon et Peyresourde, de quoi en décourager plus d'un chez les non-grimpeurs. En revanche, Virenque ne va pas hésiter à se glisser dans l'échappée, car beaucoup de points vont être distribuer pour le maillot du meilleur grimpeur et il veut ainsi le conforter. Virenque fera ainsi partie de l'échappée des 17 qui va se former, tout comme Gilberto Simoni transparent en montagne, Laurent Dufaux, mais aussi Manuel Beltran équipier d'Armstrong, Bruynnel a fait le même choix que la veille, mettre un homme à l'avant. Dans le peloton Ullrich mais sa garde toute entière en tête du peloton comme s'il était plus que jamais le patron. Dans le col du Portillon avant dernier de la journée, Dufaux démarre entraînant avec lui Virenque et Simoni, pour ce qui sera le trio maître du jour. Le français passera en tête du Portillon comme les trois cols précédents. Les trois hommes passeront également ensemble Peyresourde dans une foule considérable mais cette fois c'est Simoni qui basculera le premier. Plus bas dans le col Mayo et Moreau lance la bataille des cadors, avant que Vinokourov ne démarre à son tour comme tous les jours. Un duo va se former Vinokourov-Mayo, Moreau étant distancé. En revanche ni Armstrong, ni Ullrich ne réagissent. Portant l'allemand va assumer lui-même la poursuite, il veut le Tour et ne veut pas laisser de champ au kazakh qui affiche clairement ses ambitions, être en jaune à Paris. Devant la victoire va revenir à Gilberto Simoni, une victoire en forme de rachat après un Tour décevant pour celui qui prétendait pouvoir gagner le Tour. Dans la descente vers Loudenvielle, Ullrich et Armstrong font cause commune pour revenir sur Vinokourov qui aura été un temps maillot jaune virtuel, l'américain va sauver une fois de plus son maillot jaune. La bonne opération de la journée revient d'abord à Virenque qui s'assure quasiment du maillot à pois et à Vinokourov qui fait un excellent rapproché au général, il revient à 18'' d'Armstrong et à 3'' d'Ullrich qui n'aura pas attaqué aujourd'hui bien qu'ayant fait rouler ses hommes. Trois coureurs en 18'', le suspense est à son comble dans ce Tour du centenaire alors qu'il reste encore une grosse étape de montagne vers Luz-Ardiden, mais il faudra d'abord franchir le col d'Aspin et le mythique Tourmalet, col le plus souvent escaladé par la Grande Boucle.
Au départ de Bagnères de Bigorre pour l'étape reine des Pyrénées, le temps a changé, la canicule qui s'abattait sur le Tour depuis le départ s'en est allée, laissant place à un voile gris au-dessus des cols. Deux téméraires, Santiago Botero transparent depuis le départ et Sylvain Chavanel vont ouvrir la route. Le français passera en tête au sommet du col d'Aspin. Dans le col du Tourmalet les choses sérieuses vont commencer, Christophe Moreau premier français au général lance les hostilités, aussitôt prit en chasse par Ullrich qui accélère à son tour. On attendait cette offensive qui peut faire basculer le Tour, le duel Armstrong-Ullrich a plus que jamais lieu d'être, dans la roue de l'allemand, Armstrong perd un mètre, puis deux mètres, 10 mètres, 20 mètres... le Tour est en train de basculer, le Tour retient son souffle. Mais le maillot jaune va revenir sans s'affoler, à son rythme et va rattraper son retard lui aussi, mètre par mètre. Au sommet du Tourmalet Sylvain Chavanel passera seul en tête s'étant débarrassé du colombien Santiago Botero qui l'accompagnait, il possède 4 minutes d'avance sur les ténors. Derrière après leur passe d'arme Armstrong et Ullrich grimpent les derniers kilomètres du Tourmalet ensemble, flanqués des basques Mayo et Zubeldia. En revanche pour Vinokourov il perdra tous ses rêves de maillot jaune durant cette étape, au sommet il possédait 1'15'' de retard sur le groupe maillot jaune, malgré l'aide de Botero qui lui permettra de revenir à l'avant il devra de nouveau lâcher prise dans la montée finale, à l'arrivée il perd plus de 2'. Et quelle montée finale, que de spectacle ! Iban Mayo attaque comme il l'avait annoncé, après sa victoire à l'Alpe d'Huez il vise un doublé à Luz-Ardiden. Armstrong saute dans sa roue, Ullrich aussi mais avec un temps de retard, comme si le rapport de force s'inversait, l'allemand semble payer ses efforts du Tourmalet qui se sont avérés inutiles. C'est au tour du maillot jaune de passer à l'offensive, Armstrong attaque pour défendre son maillot jaune, Mayo et Ullrich reviennent dans sa roue, mais le guidon de l'américain va se prendre dans la musette d'un spectateur, il chute entraînant Mayo avec lui, quant à Ullrich il évitera la chute mais attendra Armstrong. Moment de frisson alors que le Tour est en train de se jouer ici, le texan se relève et se relance avec une énergie rare mais il n'est pas au bout de ses peines. Il reviendra aidé de José Luis Rubiera avant qu'il ne manque de chuter une nouvelle fois, il déchausse devant Iban Mayo, grosse frayeur de nouveau, alerte rouge chez Armstrong. A l'avant Ullrich, Hamilton, Basso et les autres attendent le retour de l'américain. A peine revenu Mayo attaque de nouveau, Armstrong le suit, le contre, et il s'envole. Ullrich ne réagit pas, il peine. Armstrong est ressuscité dans cette montée, rempli de rage et d'orgueil il retrouve son masque de victoire comme à ses plus belles heures, il ne veut pas laisser échapper le Tour du centenaire après avoir surmonté ses doutes il montre qu'il reste bel et bien le « Boss ». Devant l'aventure de Chavanel se terminera à 5 km du but dépassé par le maillot jaune qui file vers la victoire d'étape si ce n'est la victoire dans le Tour. Petite tape de respect de l'américain au jeune français qui aura passé en tête Aspin et le mythique Tourmalet, il terminera dixième de l'étape. Quant à Ullrich, flanqués des basques Mayo et Zubeldia qui ne lui prennent aucun relais il accuse le coup mais il résiste, rattrapant même une partie de son retard prit durant la montée, il terminera troisième à 40'', Mayo prend la deuxième place. Armstrong gagne donc l'étape et prend 20'' de bonification, son maillot jaune est consolidé dans ce Tour pas comme les autres. Au classement général il possède donc maintenant 1'07'' d'avance sur Ullrich, tout devrait donc se jouer entre les deux hommes lors du dernier contre-la-montre entre Pornic et Nantes. Quant à Vinokourov il est le grand perdant du jour, il reste troisième au général mais à 2'45'' d'Armstrong, ses rêves de maillot jaune sont définitivement envolés
Après une journée de repos à Pau c'est le dernier volet pyrénéen mais les favoris ne se livreront pas de bagarre car le denier col est trop distant de l'arrivée à Bayonne. Un groupe d'une dizaine d'homme va prendre le large, mais le héros du jour va sortir dans le col du Soudet et va reprendre les échappés un à un, avant des les distancer dans le col de Bagargui, un des plus pentus du Tour. Hamilton est donc seul à l'avant, il va faire près de 100 km en solitaire et s'offre une victoire d'étape en plus de remonter à la cinquième place au classement général.
Les montagnes sont désormais derrière les coureurs, place à la remontée vers Paris, avec un détour par Bordeaux, ville-hôte du Tour 1903. Et c'est Servais Knaven qui va s'imposer en solitaire après s'être débarrassé de ses compagnons d'échappé. Le lendemain à Saint Maixent l'Ecole c'est l'espagnol Pablo Lastras qui s'imposera réglant au sprint Carlos DaCruz et Daniele Nardello.
Le 26 juillet c'est l'ultime rendez-vous pour le maillot jaune. Un duel Armstrong-Ullrich sur 49 km qui décidera du vainqueur de ce Tour du centenaire. Un Tour qui va se décider sous la pluie, rendant les trajectoires périlleuses. Ullrich partira le plus fort, il le sait, pour gagner il doit prendre des risques, au premier pointage il a 6'' d'avance sur Armstrong, mais ce n'est qu'illusion, Armstrong calque sa course sur celle de l'allemand. Au tiers du parcours les deux hommes sont à égalité parfaite, l'allemand voit s'envoler ses rêves de maillot jaune mais il peut toujours viser la victoire d'étape, il a 7'' d'avance sur Millar qui est en tête avant qu'il ne chute dans un rond-point rendu dangereux par la pluie. Fini, tout est perdu pour le coureur allemand qui n'avait pas reconnu le parcours, le duel Armstrong-Ullrich se termine à ce moment, Armstrong le sait, le Tour est gagné, il ne prend aucun risque, laissant filer une étape qui lui tendait les bras, mais l'important pour lui c'est la victoire finale, il laissera l'honneur de l'étape à l'écossais David Millar, homme malheureux du prologue, qui s'impose devant Tyler Hamilton à 9'', l'homme à la clavicule cassée aura étonné tout le monde sur ce Tour qu'il terminera quatrième, indéniablement un des hommes de ce Tour. Ullrich lui est complètement déstabilisé après sa chute, ratant complètement ses trajectoires, il terminera quand même quatrième à seulement 25'' de Millar. Armstrong est lui troisième à 15'', mais il est au ciel, il le sait, le Tour est gagné, il sert le poing, c'est son cinquième Tour de France.
Entre Ville d'Avray et Paris pour l'ultime étape c'est le traditionnel défilé, mais il reste encore le maillot vert qui est en jeu entre deux australiens, Robbie McEwen leader du classement pour le moment et Baden Cooke. Les deux hommes font chacun un et deux des deux sprints intermédiaires, tout se jouera donc du sprint final. Le sprint est inévitable sur les Champs, dans une des étapes les plus prisées du Tour, surtout cette année, c'est celle du Tour du centenaire. Baden Cooke et Robbie McEwen ne se quittent pas, c'est à celui qui passera la ligne en premier qui remportera le classement du maillot vert. Et c'est Baden Cooke qui sera devant McEwen, mais pour l'étape ils se sont fait piéger par Jean Patrick Nazon, le maillot jaune de Saint-Dizier, un succès de prestige pour le français sur la plus belle avenue du monde.
Sur le podium l'hymne américaine résonne pour la cinquième fois consécutive, Jan Ullrich est deuxième et Vinokourov troisième. L'américain entre dans la légende, dans le fameux cercle des quintuples vainqueurs du Tour présents à Paris, tous réunis, ou presque, sans le grand Jacques, le premier de tous à réussir l'exploit. Ensuite place à la grande parade sur le Champs pour rendre hommage aux 100 ans de Tour de France.