Luis Ocaña est toujours un solide leader à l'attaque des Pyrénées. Entre Revel et Luchon sur 214 km il faut franchir Le Portet-d'Aspect, Mente et le Portillon. Mais un orage d'une extrême violence va tout faire renverser, l'orage va provoquer le drame, un drame aussi violent que la force de l'orage. Au sommet du col de Mente les deux favoris Merckx et Ocaña basculent ensemble alors que José Manuel Fuente est déjà passé seul en tête. Peu de temps après leur passage l'orage se déclanche. Un orage soudain, pluie, grêle, une route recouverte de boue, une patinoire sous les roues des coureurs, on ne voit pas à deux mètres, il fait nuit sur le Tour. Dans un virage en épingle à cheveux, Merckx prend des risques insensés, il l'aborde à 70km/h, sur une chaussée détrempée, cela mène indéniablement à la chute. Le belge chute, il se relèvera aussitôt, avec lui il a entraîné Luis Ocaña le maillot jaune. Lui aussi se relève, au même moment où Zoetemelk rate lui aussi le même virage et vient percuter de plein fouet l'espagnol. Cruel destin pour Ocaña, il gît sur la route, inanimé. Le maillot jaune, déchiré, ensanglanté, son rêve de Tour de France s'envole. Il sera conduit à l'hôpital de Saint-Gaudens dans un état comateux. A l'arrivée à Luchon Merckx est donc maillot jaune, alors qu'il possédait encore 7'30'' de retard sur son rival espagnol. Mais le belge ne s'estime pas leader, il refuse de porter le maillot jaune et rendra visite à Ocaña à l'hôpital. Merckx remporte donc finalement malgré lui ce Tour 1971, un Tour qui tendait les bras à Ocaña, d'abord héros heureux de ce Tour avant de devenir l'héros malheureux touché par la malchance, mais ce Tour 71 restera à jamais lié à Ocaña qui restera comme le premier à faire vaciller le Eddy Merckx, il en est le héros. C'est le troisième Tour victorieux du belge, mais il ne s'estime quand même pas vainqueur : « Quoi qu'il arrive, j'ai perdu le Tour, il restera toujours un doute ».